Mers et Océans

Tara : la vie à bord d’un navire d’exploration polaire

Octobre 2016

En décembre dernier, à l'occasion de la COP21, Tara, le célèbre navire d’exploration a fait escale à Paris. Amarré devant le Grand Palais, il sensibilisait le public au réchauffement climatique et à la recherche océanographique. L’équipage accueillait à cette occasion les visiteurs. Pour comprendre quelle est la vie à bord d’un navire de recherche polaire.

Franchir l’échelle de coupée et parcourir le pont, dominé par 27 mètres de mâture constitue d’ores et déjà une aventure. Une manière de comprendre comment s’organise la vie sur ce navire si spécial. Ici, des checheurs cotoient de longues semaines durant les marins. Une situation spécifique que nous explique Daniel Cron, capitaine en second : « Une campagne scientifique peut durer onze mois. Dans cet espace confiné, il faut que toutes les personnes embarquées mettent du leur et composent avec le voisin, »

Daniel précise : " une règle absolue prime : les marins sont maîtres à bord. Les neuf scientifiques et journalistes doivent s’adapter aux contraintes du service. Les marins ont d’ailleurs un franc-parler qui évite les malentendus"

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En contrepartie de cette apparente rigidité, sur 170 mètres carrés habitables. 15 % de la surface est allouée à la recherche. Le reste se répartit en espaces de vie, de navigation, en ateliers de réparations et de stockage du matériel.


Un microcosme codifié

Ce monde confiné est souvent étranger aux chercheurs et journalistes qui embarquent le temps d’une campagne de recherche océanographique. Heureusement pour les claustrophobes, le voyage ne dure jamais très longtemps.« Croire que l’on fait de l’analyse sur un navire océanographique est une vue de l’esprit. Ici on fait de l’imagerie, de l’échantillonnage. La recherche approfondie se fait à terre », précise le secrétaire général de Tara, Romain Troublé. C’est la raison pour laquelle les chercheurs ne restent à bord que trois à quatre semaines, mais parfois dans des conditions climatiques difficiles.

En Méditerranée ou dans l’Atlantique Nord, par vents de 40 nœuds, lors d’une tempête, tout devient difficile pour le novice. Pas évident de s’endormir, ballotté dans une couchette trop étroite soumise aux mouvements des lames. Ou bien de dîner lorsque les couverts et plats se promènent de part et d’autre de la table en suivant le roulis du navire.

Maude, la cuisinière, explique : « Le capitaine nous prévient des mauvaises conditions de navigation à l’avance. Cela nous permet d’anticiper et d’adapter les plats. Ceux en sauce sont exclus. Pour faciliter les préparations, on privilégie alors les surgelés.»

Une vie sans superflu

A bord, acquérir le pied marin s'avère indisensable. « Si tu as le mal de mer plus de quatre ou cinq jours, alors tu seras malade durant tout le voyage. » commente Maude. Elle accompagne son propos d’un geste vers les toilettes ouvertes. Question confort au quotidien, la règle est au dépouillement. Pour des questions d’économie et d’espace à bord, il n’y a que deux cabines de douches pour les quatorze personnes. L’eau douce est en outre fabriquée grâce à un désalinisateur qui traite 300 litres par heure. Une douche en moyenne consomme 80 litres. On a donc rarement le temps de rêvasser sous l’eau chaude, même lorsque Tara croise dans les eaux polaires : les canalisations gèlent le plus souvent pour cause de dérive sur la banquise.


En dépit de toutes ces contraintes, Tara attire nombre de volontaires. Plus de cinquante chercheurs se sont succédé à bord depuis 2004. Et ce n’est pas fini. Tara a appareillé en juin 2016 pour une étude des récifs coralliens.

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