Arctique

Mikhail Somov icebreaker : une légende au cinéma
février 2018

Dans le film du Russe Nikolay Khomeriki, « The Icebreaker - Ледокол – Ledokol », le brise-glace Mikhail Somov livre en péninsule Antarctique un duel acharné avec un iceberg géant. Bloqué par l’hiver austral, le navire résiste aux assauts de la glace et aux tensions psychologiques du bord générées par la réclusion polaire forcée au dénouement incertain.


Le navire, comme le laisse entendre le titre de l‘œuvre est le principal personnage du drame. Et si ce bateau de fiction emprunte au Lénine, premier brise glace nucléaire son allure, c'est à un autre bâtiment éponyme qu'il doit son nom. Un cargo soviétique à coque renforcée lancé en 1975 devenu mythique suite à une mésaventure célèbre en Russie. Chargé du ravitaillement de la base russe Russkaya, il est en effet pris dans la glace au mois de mars 1985, 800 kms à l’Est de son point de départ, en mer d’ Amundsen. Le piège pour les 53 personnes à bord se referme. Il durera 133 jours

Le Kremlin, très vite alerté, tergiverse. Il ne tient pas à ce que l’information fuite et nuise à la solide réputation soviétique de navigation hivernale polaire. Il étouffe donc l'affaire autant qu'il le peut , dans l'espoir que la situation se règle par elle même. Devant l’obstination des faits, le silence est finalement rompu le 4 juin 1985. Trois mois après le début du naufrage austral.

Un vétéran des navigations polaires, le brise-glace Vladivostok ( le Novorossiisk du film ) appareille le 10 juin pour porter aide au Mikhail Somov. Son voyage, de la péninsule Mouraviov-Amourski à la mer de Ross est épuisant. La conditions de navigation, des mots même d’ Artur Chillingarov , le chef de la mission de secours sont « inhabituelles et difficiles» Dans les 50e rugissants, une mer ombrageuse très formée malmène le brise-glace. Bousculé par à la houle puissante, il route tant et mieux qu’aux heures les plus dures, les paquets de mer gigantesques se précipitent sur le navire, frappent sans relâche sa coque, déferlent et emportent les marchandises entreposées sur le pont Parvenu aux franges de l’Antarctique, il entame enfin sa navigation polaire. Un mois d’effort lui est nécessaire pour rallier le Mikhail Somov, dans des glaces de 3 mètres d‘épaisseur. Ce n’est que le 26 juillet que les deux navires se rencontrent.

Deux années plus tard, le Mikhail Somov àson tour devient sauveteur. Il extrait des glaces une autre légende des terres australes : le Nella Dan. Un navire danois pourtant coutumier des voyages en Antarctique. A son palmares : 85 rotations polaires et un demi millions de milles nautiques dans l'hémisphère sud. Mais qui n'en est pas à son premier SOS puisque par deux fois, en 1967 puis en 1985, un bâtiment américains puis un japonais s'en sont portés secours. Le 5 janvier 1987, le pack se referme sur le Danois. Le brise-glace soviétique informé le 13 de cette mésaventure offre son aide. Il parvient à rallier le captif et le libère en quelques heures. Après avoir réduit la pression du pack sur ses oeuvres vives, il s'engage en avant et lui ouvre un chenal.
Ces évènements illustrent les dangers de la navigation en milieu polaire, même pour des navires conçus à cette fin. Ils sont nombreux, encore de nos jour à solliciter sous ces latitudes un appui. Il est donc juste qu'un cinéaste se soit emparé d'une telle histoire et ait braqué les projecteurs sur ce type de navire si particulier, si méconnu qu'est le brise-glace.

Pour aller plus loin :
Ledokol (2016)
Le Mikhail Somov - Marine traffic
"Михаил Сомов". Как это было : Somov: ce qui s'est passé