Mers et Océans

La grande crue vue du fleuve

Janvier 2018

Résider sur l’eau est un privilège. Mais en cas de grande crue, le plaisir peut vite devenir danger. Conscients du problème, les habitants du fleuve s’organisent

« Une grand crue du réseau fluvial francilien est inévitable. Il faudra faire avec » annonce d'emblée le président de l’Association de Défense de l’Habitat Fluvial (ADHF). Chistian Duguet navigue et vit sur l’eau depuis des décennies. Ce marin d’eau douce sait donc de quoi il parle. et lui même dit redouter cette grande crue


La grande crue à venir

« Apprendre à vivre sur l’eau, ça ne s’improvise pas, et encore moins en période de grande crue » assène t’il. Son propos se fait grave. Il décrit un paysage chaotique, parcouru, sous un ciel bas, de violents courants, de branchages, de débris, le tout charrié par le débit de la rivière et la montée des eaux. C’est à cela, précise t’il, que ressemble une crue depuis le pont d’un navire. Et des crues majeures, on en compte trois ou quatre par siècle. Avec des élévations d’eau qui s’échelonnent de deux à plus de huit mètres pour la grande crue centennale. Les eaux se répandent, s’infiltrent. Le lit du fleuve disparaît et s’étale. Et sa force croit




Inconscience sur l'eau

Selon l’Institution en charge des voies navigables (VNF) Le danger guette, en Ile de France, mille deux cents bateaux-logements. Navires dont certains propriétaires méprisent le risque potentiel de crue « Certains achètent une péniche parce que c’est mode, sans comprendre que ce n’est pas un simple appartement sur l’eau » déplore agacée Chantale, propriétaire de péniche à Paris. En cas de forte hausse du fleuve, cette incompréhension peut se révéler un problème majeur. « Un propriétaire de péniche, désemparé, nous a appelés pour protester et nous demander de bloquer l’eau qui montait. » raconte un agent de la brigade fluviale. Mais en règle générale, la prise de conscience l’emporte sur l’ignorance. De bonnes dispositions sont donc prises en amont pour faire face.





Amarrer - stocker

La peur principale des habitants du fleuve, c’est le navire désemparé. Celui sans erre qui va s’encastrer dans un barrage, un quai ou un pont. Plusieurs solutions existent. Doubler les amarres et compléter par une ancre jetée dans le lit du fleuve semble très efficace. « Ca évite de s’attacher aux Ducs d’Albe, ces grands poteaux à quelques mètres du quai » ajoute Christian Duguet. L’autonomie est une autre priorité : en supposant qu’il sera difficile d’aller à terre, chacun doit faire des réserves de nourriture. « Les citernes d’eau doivent être pleines ». Le navire doit être déconnecté du réseau d’eau de ville. Une grosse voie d’eau depuis une canalisation crevée peut couler une péniche. Ca s’est déjà vu.





Accompagner sans bloquer

Lors d’une crue, un navire s’agite, bouge. Tous les câbles et tuyaux doivent être souples pour l’accompagner les mouvements. Et le groupe électrogène doit être prêt en cas de rupture des panneaux électriques à terre et de batterie-moteur à plat. Enfin il faut rester en éveil, alerte, et communiquer avec ses voisins proches. Ces simples règles de prévention suffiront-elles face aux caprice d’un fleuve ? Les habitants de péniche le pensent. La prochaine crue seule permettra de le savoir